Walrus, clap de fin

Alors, voilà, le célèbre Walrus Institute, l’asile de fous furieux, le trublion de l’édition numérique SFFF francophone doit fermer boutique ce weekend.
Petit retour sur 6 (!!) années extraordinaires.

Un peu d’histoire

c’est donc en 2012, après avoir lu le « Émile Delcroix » de Jacques Fuentealba, que je suis entré en contact pour la première fois avec Julien SIMON, fondateur, gérant, homme-orchestre de Walrus-Books. La société existait déjà depuis deux ans, et démarrait réellement son activité de maison d’édition en parallèle de ses presta sur l’objet livre numérique.

Le courant entre nous est tellement bien passé que rapidement Julien me proposa d’embarquer dans l’aventure, et me confia d’emblée de beaux projets, comme par exemple les « boites de Schrödinger » (recueil de nouvelles genre « Quatrième dimension ».

Le but de ce billet n’est pas de rédigé une partie de mes futures mémoires. Je ne vais donc pas vous faire le menu de ces années, projets après projets. J’aimerai juste laisser une trace de cette expérience fantastique, parler des bons moments, des ratés, des frustrations, mais aussi de l’espoir.

Perso, je n’ai pas vu passer le temps. Cela fait bizarre de rédiger ces lignes en s’obligeant à regarder si loin dans le passé.

L’éditeur

Dois-je d’abord vous parler du syndrome de l’imposteur ? Oui, non ? Je ne sais pas…
Sachez que ce foutu sentiment m’a tiraillé tout au long de cette expérience, et que cela continuera certainement encore, malgré toutes les compétences que j’ai développées pour tenir ce rôle. Je n’ai pas fait d’étude littéraire… ah ! d’ailleurs, je n’ai pas fait d’étude tout court 😉 C’est donc toujours un peu compliqué pour moi de prendre des responsabilités. Je ne m’y sens ni préparé ni légitime, peu importe le temps qui passe.

Devenir éditeur chez Walrus, cela m’a permis de me battre contre ce sentiment (même s’il l’emporte à chaque fois) et de me donner à fond pour les récits, et les projets des auteur.e.s qui choisissaient de faire confiance. Alors, oui, j’ai beaucoup appris : sur moi, sur vous, sur le monde de l’édition. De l’humilité encore un peu plus face aux talents qui sont les vôtres : la capacité de travail d’une Cécile Duquenne, la fougue et la folie (douce ?) de Jessie et Gaëlle Kempeneers, le style incroyable et tout en maîtrise d’un Hubert Vittoz, l’humour d’un Nicolas Cartelet ou d’un Lilian Peschet, les visions d’un Mathieu Rivero, etc etc. La liste serait aussi longue que notre catalogue.

Il est important à ce moment de noter que notre vrai moteur,  à Julien comme à moi, fut le plaisir. Nous avons toujours dit, écrit et assumé que nous souhaitions publier aux coups de coeur. Il fallait une rencontre avec un être humain, de l’empathie, une histoire et de la confiance. On retenait les textes qui nous plaisaient, sans arrière pensée commerciale : nous espérions que si le projet nous avait touché, il rencontrerait son lectorat.

Hélas, après une première alerte à l’automne 2017, c’est aujourd’hui qu’il nous faut reconnaître que le marché « pure player » numérique a évolué de sorte à ne pas laisser de place aux « petits », aux spécialisés. Les grands acteurs du monde SFFF ont déboulé avec leur force de frappe, et s’ils nous permettent de survivre (je n’ai d’ailleurs jamais vraiment eu l’impression qu’ils tentaient de nous étouffer), les ventes en chute libre ne permettent plus d’honorer les factures, certes, mais surtout, elles ne sont plus du tout le reflet de la qualité des récits et du talent de nos auteur.e.s.

… humm…. je me rends compte que c’est un peu décousu. J’aurais dû faire un plan. Encore que non 😉 Sortira ce qui me viendra à l’esprit !!

Or donc, l’éditeur que je fus a appris en même que certains d’entre vous devenaient écrivains. J’ai essayé le plus possible, même lorsque je savais que le projet ne serait pas signé, de retenir du positif de chacun des textes que j’ai lus. La plupart des auteur.e.s ont bien pris mes commentaires, ont accepté le travail éditorial (même si la Walrus Touch voulait qu’on laisse au maximum l’écrivain s’exprimer dans ses termes à lui, sur son projet à lui). Malheureusement, parfois, cela a aussi été tendu. Néanmoins, rares sont ceux qui m’ont aboyé dessus, cherchant à me faire comprendre que j’étais illégitime à juger de la qualité de leur oeuvre, essayant de me prouver que j’avais tort, quitte à menacer un petit peu. Le premier « cas » a été difficile à vivre, les quelques autres n’ont valu qu’un haussement d’épaule grâce au soutien de Julien.

Ceci est important : Walrus, c’est une micro-structure, mais c’est aussi et surtout une famille. Sans Julien, avec sa personnalité, ses valeurs et son état d’esprit, j’aurais vite mis un terme à cette expérience. Sans une large majorité d’auteur.e.s compréhensifs, sympathiques et attachants : idem. Sans une belle communauté de lect.rices.eurs… rien n’aurait été envisageable. La maison d’édition Walrus était sans doute aussi connu pour son côté loufoque, pas sérieux dans le sérieux. Ceci se trouvera symbolisé dans la naissance du mythique asile « Walrus Institute » au travers d’anthologies gratuites rédigées par les auteur.e.s en autonomie. Quelle maison d’édition peut se targuer d’avoir fait naître un tel culte esprit ?

photo pexels

Techniquement, l’apport de ces années est colossal.
Le fait d’avoir été slasheur, d’avoir eu à jongler entre mes boulots, ma famille, mes projets, m’aura forcé à trouver de bonnes et solides méthodes d’organisation. Il aura fallu à Julien une infinie patience pour m’expliquer (plusieurs fois) comment raisonne le marché du livres, comment créer un epub, etc etc.

Ce métier est chronophage et exigeant à un point que vous aurez sans doute du mal à l’imaginer. J’ai mis de côté mes projets d’écriture pour mieux me concentrer sur cette tâche d’édition. Vrai que parfois, c’était un peu frustrant ;), mais il semble que je vais avoir un peu de temps à présent pour revenir sur mes propres projets, plus forts de vous avoir vu à l’oeuvre.

Conclusion

Que reste-t-il de nos amours ?

Déjà, dans cette conclusion, en dehors d’une certaine fatigue/usure, il n’y a rien de plus mauvais que la frustration de devoir s’arrêter-là, et de ne pas avoir pu mener à terme certains projets qui me tenaient à coeur : la saga Toxic de Stéphane Desienne, la série Pulp Justice de William « David » (que nous travaillions depuis plusieurs années), l’AVH « échappe-rêve » de Fred Marty, pour ne citer qu’eux.

Ensuite, des lectures… des tas ! Jusqu’à passer parfois plusieurs semaines sans ouvrir un livre ou un ebook d’un confrère 😉
J’ai essayé de faire le compte, mais c’est juste impossible. C’est en centaine, en tout cas. Et j’encourage ici encore quelques uns des derniers qui sont passés par notre boite aux lettres de « manuscrits » : vous avez un truc ! Bossez et proposez de nouveau votre récit chez des confrères. Dédicace à Maud, Vincent et Greg, en particulier.

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Puis, des « gens« , même si c’est on-line, il me tarde de vous rencontrer en vrai : mon Julien, of course (hé ben vouais, on ne s’est encore jamais vu, ça vous épate ?), Cécile, et Olivier, notre optimiste chasseur de dino-kébab qui nous a malheureusement rejoint trop tard, et toutes et tous qui avaient fait de cette expérience une formidable aventure humaine. Ça va nous coûter cher en bière, café, thé, chocolat quand on se croisera !

Enfin, quelques mots :

  • bowdel de $*ùµ£ »: mettez vos f******g nom, titre, numéro de page et adresse mai dans le footer de vos pages 😀 ,
  • arrêtez de parler de « soumission » : vos récits valent bien plus ! Je n’admets que le terme de proposition ^^
  • … je vous ai dit que je vous aimais ? 🙂

 

Demain ?

photo pexels

Alors, disons que je vais peut-être me reposer un peu 😉
Laissez couler un peu de punch d’eau… Puis reprendre mes projets d’écriture, surtout orientés livre-jeu. Cette suite à « Plongée sur R’lyeh » que j’ai planifié depuis si longtemps.
Ensuite, pourquoi ne pas envisager de revenir dans le circuit ?

Mais d’abord :

photo pexels

Je vous souhaite à toutes et tous un très bel été.

To be continued…

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