Critique : BLACK MAN, un bon gros cyber-polar

Drogue, violence, alcool, sexe, arme, cybertechnologie, manipulation génétique, conquête spatiale, toute puissance des corpos, réorganisation des frontières, IA appelées N-Djinns. Ok, tout le background cyberpunk est là, rien à redire. Les méchants sont sans pitié et sans complexes; les gentils sont du même tonneau. Le monde est devenu glauque, l’extrémisme religieux a gagné un bout des Etats-Unis qui a fait sécession. L’Asie, et la Chine en particulier, devient la nouvelle surpuissance à veiller comme le lait sur le feu. Et au milieu de tout ce foutoir, Carl Marsalis, l’homme noir, le Black Man. Lui, c’est un monstre : il est un « trifouillé » génétiquement, issu du programme « Variante Treize ». Les « 13″ sont tous des hyper-mâles, cablés génétiquement pour être des super-guerriers améliorés dans leurs forces, leurs réflexes, leurs constitutions et leurs facultés d’analyse.

Carl Marsalis, comme ses congénères Treize, ne fait plus vraiment partie de l’humanité. Les Treize, ainsi que les autres abominations génétiquement modifiés (par exemple les Hibernoïdes) sont traqués pour être écartés du « Troupeau », l’humanité normale. Les Treize finissent soit morts, soit en camp, soit déportés sur Mars pour servir de base à une difficile colonisation. Carl avait eu droit à ce dernier cas de figure. Là-bas, il croise la route d’un autre Treize, Sutherland, doué d’une capacité de compréhension et d’abstraction au-dessus de la normale : il deviendra une sorte de mentor. Lassé de la planète rouge, Carl truque la loterie martienne et obtient son retour sur Terre.

Comme sur notre bonne vieille planète, les Treize ne peuvent pas courir les rues, plutôt qu’une vie de fuite, Carl devient traqueur pour l’Ungla, une agence des nations unis mettant hors d’état de nuire les Treize. Plutôt paradoxal… Son dernier job l’amène en Floride où une banale rencontre tourne au vinaigre et l’amène dans une sordide prison privée. Carl y reste quelques mois avant que la branche armée de LINCOLN, L’INitiative COLiniale, ne le sorte de là en échange d’un gros coup de main.

Il faut dire que pendant que le BlackMan croupissait en prison, un autre Treize réussissait une spectaculaire évasion depuis Mars, plongeant un cargo spatiale dans l’océan. Incapable d’endiguer la série de meurtres dans laquelle semble se lancer ce nouveau Treize, les deux inspecteurs de LINCOLN, le rigide Tom Norton et l’impétueuse Sevgi Ertekin, se résolvent à recourir aux services de Carl Marsalis.

Couverture de BlackMan

Couverture de BlackMan

C’est le début d’une enquête menée à tambour battant, NewYork, Turquie, Andes, Mars… Les distances ne sont plus un obstacles, ni le temps. Par contre, les administrations sont toujours des freins et les intérêts des corpos passent avant tout. Quand les limites des états sont des haut-lieux de paranoïa, comment chercher un Treize taillé pour la guerre sans froisser quelques susceptibilités ? Donner la subtilité, la nuance, la diplomatie ? Nan. Tout ça, c’est très loin des méthodes de Carl Marsalis. Faut que ça avance et tant pis si certains n’aiment pas ses méthodes.

Dans ce nouveau roman, distingué par le prestigieux prix A.Clarke 2008, toujours imprimé chez Bragelonne, Richard Morgan abandonne donc son héros de sa première trilogie : au revoir Takeshi Kovacs, bonjour Carl Marsalis. Des différences entre ces deux-là ? Bof, pas tant que ça. Et encore, tiennent-elles essentiellement au contexte qui n’est pas vraiment le même. Dans BlackMan, l’humanité ne s’est pas encore répandu dans les étoiles et les piles corticales n’existent pas. La mort est donc vraiment une fin en soi. Richard Morgan nous livre de nouveau une copie impeccable où le mélange polar/cyberpunk fonctionn plein pot. Bien sûr, c’est extrêmement violent. Certes, l’auteur en profite pour égratigner au passage quelques institutions… mais c’est de bonne guerre.

Même si l’auteur use de nombreux dialogues pour nous éclairer sur les intentions/impressions des acteurs, il y a quelques scènes chocs qui émaillent le récit. J’avoue que la « fin » d’un des personnages principaux m’a franchement surpris. Le genre de truc qui fait vraiment débat dans la vraie vie ! Je me suis d’ailleurs arrété un peu en terminant ce chapitre là.

Il n’en reste pas moins que BlackMan est un très bon livre. Pas étonnant qu’il est glané un prix et qu’Hollywood lui fasse une fois encore les yeux doux. Cependant, sans aller jusqu’à utiliser le mot « déception », je dois avouer que j’ai été beaucoup moins emballé que par « Carbone Modifié » qui reste donc en tête de ma liste des « Must » ! Par-dessus tout, j’aurai apprécié cette intrique clin d’oeil à Blade-runner. On regrettera par contre le nombre élevé de « coquilles » dans la présente édition.

Le 4ième de couv :

Dans un siècle à peine, l’humanité s’est débarrassée de la guerre.
Mais des vestiges embarrassants subsistent encore, comme les Variantes, ces êtres humains génétiquement modifiés, cordialement détestés par toute la population. Les plus inquiétants sont certainement les Variantes 13, ces hyper-mâles cultivés exclusivement pour la guerre.
Carl Marsalis est un de ces ex-soldats génémodifiés. Il pourchasse désormais ses anciens frères d’arme pour le compte des Nations unies. Ce n’est pas un boulot facile, car il est haï aussi bien par les gens normaux que par ses semblables : il est, dans tous les sens du terme, l’Homme Noir. Et pour le moment, même ses employeurs ne peuvent le sortir de sa prison de Floride.
Alors, quand il reçoit la visite d’une ancienne détective aux prises avec des Variantes 13 particulièrement retorses, Carl est plus que disposé à conclure un accord.
S’engage ainsi une frénétique chasse à l’homme, avec à la clé, peut-être, la vérité sur ce que sont devenus les derniers soldats du monde.

Il faudra désormais attendre une longue année pour découvrir les premiers pas de Richard Morgan en Fantasy. ça s’appelera « The Steels Remain » et ça promet de décoiffer !

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