Numérik:)Livre est un nouvel éditeur (Canadien Francophone) qui a décidé de diffuser les oeuvres de ses auteurs uniquement au format numérique (oui, je sais, il y avait un indice dans le nom de la société). J’en ai entendu parlé dans un premier temps par Twitter (@numeriklivre) et je suis allé voir leur site. Bien fait, attractif, clair. Et puis, un beau jour, sur leur blog, Numérik:)livre a proposé aux bloggeurs de recevoir gratuitement une oeuvre en échange d’une chronique. C’était en novembre, j’étais sur le Nano : mais je les ai contacté tout de même. J’ai pioché un titre dans leur catalogue qui semblait le plus correspondre à mes habitudes littéraires et dans la journée, le PDF était chez moi. « Récit d’une terreur passagère » de Charles Dionne, présentation…
L’Editeur :
je vais commencer par un petit mot sur l’éditeur, numérik:)livre, qui a donc décidé de parier sur le développement des tablettes, des smartphones et des liseuses comme nouveau support de diffusion. C’est un marché en devenir, un vrai, pas une simple tocade. Comment pourrait-il en être autrement quand on sait que Bragelonne, le grand éditeur SF&F français, s’est lui aussi lancé à l’assaut du format électronique ? Il n’y a qu’à voir le résultat : « Legend » de David Gemmell a aussi trusté les premiers rôles des meilleurs téléchargements. Et quand Bragelonne s’y met, c’est avec toute la force de son catalogue (combiné à Milady) et avec des prix très attractifs (à lire, le bon article de lionel davoust à ce sujet)
Numérik:)livre nous arrive de l’autre côté de l’Atlantique, avec dans son catalogue, des écrivains de chez lui. Rien que ça, c’est bien. Parce que sinon, découvrir la littérature de nos amis québécois est ardue : il n’existe pas forcément de réseau de diffusion pour le « papier ». En passant, je signale que grâce au Nano, j’ai pu en découvrir d’autres, des auteurs canadiens, et cela été des plus intéressants.
J’ai demandé à l’éditeur « pourquoi du 100% numérique ? » et voici sa réponse :
Parce que je préfère regarder vers l’avenir, travailler pour les lecteurs de demain et parce que je pense que nous pouvons ainsi prendre plus de risque. Nous travaillons de la même façon qu’une maison d’édition traditionnelle, seule la façon de présenter les livres est différentes. N’oublions jamais que ce qui fait la valeur d’une histoire, ce n’est pas le support sur lequel elle est imprimée… (@Numérik:)Livre)
Pour finir cette partie, un mot sur le « fichier ».
J’ai testé la lecture :
- PDF sur linux avec Evince,
- PDF sur windows avec acroreader,
- ePub sur Ipod Touch avec Stanza.
Tout d’abord, au niveau de l’Ipod, j’avais déjà essayé avec mes propres fichiers : ce type de « liseuses » n’est pas fait pour des oeuvres longues ! On se tue les yeux, quelque soit la qualité de l’ouvrage et de la mise en page.
Au niveau du PDF, par contre, c’est le bonheur. Le fichier fait apparaitre une police sobre et claire, une belle mise en page, et la taille de ces pages est bien dimensionnée. J’attendais un peu cette rencontre avec un PDF « pro » : je voulais voir si l’éditeur prenait des risques, mettait plus de couleurs, de photos, etc. Et bien, c’est ici le cas, sans que l’on tombe dans l’extrême.
C’est juste beau, la lecture pouvait commencer.
L’auteur :
un petit mot sur l’auteur bien sûr.
Charles Dionne est un jeune auteur de Montréal. Son écriture est particulièrement, intense, personnelle, intimiste. Sa description de la peur est quelque peu différente de ce que l’on a l’habitude de voir…. (présentation soufflée par mail par Numérik:)Livre).
On apprend en plus sur sa page de présentation chez l’éditeur, que le jeune gars signe ici son premier roman et qu’il est étudiant en littérature.
L’oeuvre « Récit d’une terreur passagère » :
Tout d’abord, je dois bien avouer que je me suis peut-être trompé de bouquin (d’ailleurs peut-on encore dire bouquin ?) : juste au titre et à la description, je m’attendais à quelque chose de plus nerveux que cela. Mais, ma foi, ça valait le coup de se tromper !
De quoi s’agit-il ?
Reprenant un thème maintes fois usité par des écrivains de Thriller, on a ici à faire à un jeune auteur qui a perdu l’inspiration, et qui, pour la retrouver, décide de s’enfuir du quotidien pour se retrancher en pleine forêt. Un havre de solitude, une retraite paisible sans les tentations du monde moderne qui poussent à la facilité, à la procrastination.
Charles Dionne a choisi la narration à la première personne, pour s’immerger et le lecteur avec lui, dans les sensations et les réflexions de son héros, qui ne sera jamais nommé ni décrit. Chacun en fera l’image qui lui plaira. Au niveau de la construction, beaucoup de FlashBack hachent le récit pour ramener le narrateur à son enfance : les images de son père et de sa mère, l’influence de la ville, le poids de la solitude, quelques rencontres ayant eu une influence nette sur sa vie (un oncle, un camarade de cours) y sont décrites.
Le rythme est assez lent, il faut le dire : on avance en fur et à mesure des mises au point du narrateur sur sa vie passée, son absence d’inspiration et surtout, sur ses craintes de sombrer définitivement dans la folie. Ce dernier point semble d’ailleurs une obsession. Certains passages sont mêmes assez pénibles à lire tant l’auteur insiste sur les affres de la démence qui parait affliger son héros.
Et puis, à d’autres moment, ça s’accélère : l’auteur gagne en intensité, notamment sur les passages où le fantastique prend le pas sur l’introspection.
Comme la description par son oncle d’une rencontre avec une petite fille…
Comme ces rires d’enfants dans la forêt… Les affaires qui disparaissent et réapparaissent dans la maison… Son nom que l’on hurle certaine nuit au-dehors…
Comme l’apparition de cet étrange voyageur et un peu plus tard du loup blanc…
Il y a du bon, vraiment.
Je regrette juste que ces passages « frissons » ne soient pas plus nombreux, et que la part belle ne revienne trop (à mon goût) à l’auto-psychanalyse du narrateur. Et dans cette optique là, l’auteur a choisi de verser dans un style très fouillé, avec des phrases longues et parfois compliquées, mais qui témoigne d’une volonté de décrire vraiment du mieux possible les situations (à grands renforts d’images et de métaphores). J’espère que Charles Dionne aura de bon retour sur ce « Récit », et qu’il s’essayera à l’avenir sur des ambiances encore plus « noires » et fantastiques : je pense qu’il a un potentiel à ce niveau.
Vous pouvez retrouver les infos concernant cet ouvrage et l’acheter sur le site de l’éditeur ici :
http://www.numeriklivres.com/Classique/Librairie___le_recit_dune_terreur_passagere.html
PS : ah, et pour mes congénères français de France, une « canne », il semble que c’est une « boite de conserve »
…. juste pour vous éviter comme moi de vous poser des questions lors de la lecture (parce que non, même au Canada, on ne réchauffe pas une canne à pêche sur un poèle !)
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