Il parait que pour près de 10% des français, l’écriture est un passe-temps régulier. Combien de ceux-là rêvent de passer à la postérité ? Ou plus bassement de vivre de leurs inspirations ? Beaucoup d’appeler mais peu d’élus. J’ai lu un jour sur un forum consacré à un grand éditeur que même pour les petites maisons d’édition, le nombre de manuscrits reçus par jour dépassait la dizaine. Alors imaginez chez les gros ! Ceci dit, quand on a réussi à aller au bout de son projet d’écriture et que l’on a enfin fait imprimer et relier son manuscrit, ce n’est pas pour le ranger dans un tiroir, si ?
Soyons honnête : à un moment où à un autre, on sait pertinemment qu’on écrit pour être lu et l’on espère plaire au plus grand nombre.
Alors, dès qu’on se met en quête de renseignement, on lit (ou on entend dire) que si l’on est pas soit déjà publié, soit connu (très, du genre « people ») ou si l’on a pas écrit sur un sujet à polémique, on a aucune chance de passer les comités de lecture. Dont acte. Se pose alors la grande question : vais-je me contenter de faire lire mon brouillon à deux trois copains ou vais-je quand même tenter le coup ? Et bien, tentons ! Parce que, faut pas rigoler, on est drôlement fier de ce qu’on a « pondu ». Naturellement, les éditeurs ne tarderont à proposer leur contrat.
Bon, stop, faut arrêter ! La plupart d’entre nous ne rentrent effectivement pas dans l’une des cases citées ci-dessus. Certains auront plus de chance ou de mérite et tomberont à point nommé auprès d’un éditeur régional qui a bien aimé le manuscrit, qui cherche à se développer ou qui veut bien tenter un coup. Globalement de toute façon, en êtant complétement lucide, ce qui compte pour l’éditeur, c’est son seul de rentabilité. Soit il est sûr de ne pas perdre de pognon (et tant pis pour la qualité du bouquin lui même) et il se lance, soit il envoie la fameuse lettre polie de refus. Ne nous leurrons pas non plus : un éditeur c’est d’abord un patron avec des salariés, des charges etc etc… et il faut bien bouffer.
Il parait qu’il n’y a pas en France de place sur le marché du livre pour un « jeune » (comprenez « nouveau ») écrivain de littérature SFF&F (science fiction, fantasy et fantastique). Cette remarque, on la trouve facilement aussi sur les forums. Heureusement pour quelques uns, il y a quand même moyen de passer ! J’en connais au moins deux : Joël Ollivier et Etienne Eschenbrenner.
L’exemple de ces deux-là est intéressant à plus d’un titre : Joël a auto-publié tout seul le premier tome de son cycle d’alimar avant de trouver un éditeur régional (avec le tour de force de maintenir une licence CC et un téléchargement gratuit du PDF); Etienne, de son côté, a d’abord mis son « Nirnemel » en lecture libre chez InLibroVeritas avant d’à son tour décrocher un contrat « à compte d’éditeur ».
J’ose espérer que ces deux histoires là sont loin d’être unique et anecdotique mais qui en a vraiment fait un succès ?
On voit du côté de la musique depuis quelques déjà et même en BD, des gens sortir du lot grâce à leur blog, MySpace ou autres réseaux sociaux. La littérature peut-elle en faire autant ? A l’heure ou Hadopi est rejeté temporairement, où l’on ne parle que de droits d’auteurs, un écrivain ou écrivant peut-il rencontrer un beau succès (ne serait-ce qu’en renommé, je ne parle pas pour le moment de l’aspect pécunier) avec des publications en mode Web ?
Je vous avais promis des chiffres pour mon cas, les voici. Investissement : autour de 300€. Nombre d’exemplaires vendus en tout (par le web et perso) : une dizaine. Gain : 10 €
. Nombre d’exemplaires téléchargés (sans les stats définitives d’ILVEditions) : environ 200 !
Bilan, un désastre financier
mais cela était prévisible. Dans l’auto-édition, comme il fait se débrouiller tout seul pour la diffusion et la vente des livres, il faut se transformer en VRP accompli et ça, ce n’est vraiment pas mon terrain de jeu.
Ceci dit, et j’en reviens au début de mon billet, on est très nombreux donc à écrire et dans cette démarche, on veut être lu. Le livre papier reste un objet de convoitise, quelque chose qu’on aime avoir chez soi. Alors, quand je regarde mon nom et le logo Heat27 sur la tranche d’un bouquin dans ma bibliothèque, j’avoue que mon plaisir n’a pas de prix !
Je referme cette page en reposant la question du titre : « la littérature libre peut-elle s’extirper du web ? ». Ons ait aujourd’hui qu’il existe de plus en plus de sites web sur-lesquels on peut déposer ses poèmes, romans et nouvelles. Certains sautent le pas, comme moi, via InLibroVeritas, Lulu.com, Publibook ou autres Manuscrit.com pour avoir leur livre au format papier. Maintenant, à ma connaissance, au-delà du cercle d’amis, collègues/connaissances, peu peuvent se vanter d’avoir conquis un public.
Peut-être les choses sont elles amenées à changer justement à cause de bêtise du genre Hadopi, grâce aux lecteurs du genre Kindle mais aussi grâce aux efforts de la communauté du libre… Et là, j’en veux pour preuve la présence de « Jeu de dupes » dans la liste des romans éligibles au prix Rosny Ainé… mais j’en parlerai un peu plus dans le prochain billet.
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